Triangulaire

 

Qui n'a jamais été témoin des luttes dans une équipe pour prendre telle ou telle responsabilité ? Qui n'a jamais senti dans un projet l'attente d'une décision ? Qui n'a pas vu les utilisateurs changés radicalement d'avis et de position ?

Le contexte de ces questions est toujours le même : un changement des forces et la source de ces conflits provient toujours de la même origine : la triangulaire. Un coup d'oeil sur le schéma ci-dessus illustre comment chaque sommet en interagissant avec les autres va diviser ses forces pour pouvoir régler une préoccupation ou prendre une décision.

 

Prenez par exemple un chargé de projet qui dépend de deux chefs – TI et affaire. Il fait face à une situation instable et se trouve plongé dans une triangulaire. Pourtant, ce qui rassure au départ pour le projet avec trois décideurs pour équilibrer les forces et éviter les débordements va se retourner rapidement contre le projet en l'immobilisant. L'inertie tue tranquillement le projet en épuisant toutes ses ressources financières et humaines pour atteindre des consensus qui finalement ne plaisent à personne.

 

Ainsi, le triangle, cette innocente et répandue figure géométrique est l'ennemi #1 des projets IT. Le triangle absorbe l'énergie pour livrer un résultat faible, à l'inverse d'une association binaire qui crée de la synergie par le biais d'une entente.

 

Au lieu d'apporter une force supplémentaire par l'union des acteurs, l'association triangulaire use les autres acteurs pour au final anéantir le projet. La conséquence dans un projet sous l'influence d'une triangulaire est une vision court terme des décisions. Le projet subit des attaques inutiles au détriment de son objectif initial. Peu à peu, le projet ralentit ce qui se traduit par une livraison tardive et approximative avec à la clé un dépassement des coûts.

La difficulté ne provient pas de la situation mais de comment elle est gérée. Il faut donc avoir conscience du piège potentiel pour agir en conséquence et apporter des solutions pour corriger les effets pervers d'une triangulaire. Dans notre exemple, le chargé de projet doit écrire les rôles et responsabilités de ses deux chefs et prendre le lead du projet, former un comité où siègent ses chefs en dehors du projet. C'est le projet qui apporte les points de décision au comité et non l'inverse. Ainsi le projet ne subit pas les changements des chefs, il reçoit une seule décision des chefs via le comité.

 

Voir une triangulaire correspond en quelque sorte à faire une analyse de son environnement. Identifions tout d'abord les acteurs : utilisateur final, technologie d'information, processus d'affaire, firme externe, organisation de l'entreprise, contrôle financier sont les sommets d'une triangulaire.

Illustrons ensuite ces acteurs dans des contextes réels d'entreprise. Autre cas, l'entreprise est sectorisée en plusieurs directions qui nécessitent des échanges de données. Le projet transversal qui doit finaliser l'interface va de facto se trouver dans une triangulaire : le département TI avec les deux directions qui veulent échanger des données. Autre exemple, un appel d'offre est remporté par une firme externe qui travaille en collaboration avec le département informatique et le département des opérations pour créer ou implémenter un nouveau logiciel ce qui crée une triangulaire.

 

Quelle solution prendre face à une triangulaire ? Une seule, casser la triangulaire pour la transformer en une relation binaire. Pour l'interface, le département TI doit élire un système opérationnel dominant par rapport à l'autre et rédiger une entente avec son propriétaire. Dans notre exemple de firme intégrateur, le département des opérations doit mettre en place une organisation de projet matricielle qui oblige la firme externe à fusionner son équipe avec celle du département TI pour être en mesure de passer une entente binaire entre les TI et la direction affaire.

 

Tantôt visible, tantôt masquée, la triangulaire a plusieurs visages. Certains aspects connexes viennent masquer le vrai visage de la triangulaire. Ils serviront de prétexte pour expliquer l'échec du projet. Par exemple, on regarde souvent la technologie comme responsable des échecs dans la livraison des projets mais elle ne représente en fait qu'une partie de l'équation. Intégration avec les unités d'affaire et communication sont les deux autres parties de l'équation qui déterminent le succès d'un projet. La triangulaire se situe à tous les niveaux d'un projet : organisation, planification, architecture, réalisation, test et déploiement.

 

 

 

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